Durant le confinement de nombreuses paroisses ont tout mis en œuvre pour garder un lien avec leurs ouailles. Certaines n’ont pas hésité à mobiliser les compétences de laïcs pour mener des projets qui ont parfois eu des résultats retentissants. Curieux de cet élan , nous avons enquêté autour de la mobilisation des bénévoles.

Des ministres devenus coachs

Christine Rumpel de la paroisse de Pully-Paudex raconte que soixante paroissien-ne-s ont envoyé des lettres aux résidents d’EMS alors privés de visite. D’autres ont pris le temps de produire des vidéos relayées par newsletter ou groupe WhatsApp. La future pasteure analyse : «Nous devons de plus en plus faire confiance aux compétences des laïcs. Le rôle du ministre est nécessairement horizontal. Le/la professionnel-le doit mettre les gens en lien, favoriser les interactions, être un moteur pour que les personnes se mettent à créer des choses et les accompagner dans ce processus, les encadrer et les aider à trouver leur place». Convaincue que l’avenir des paroisses repose sur les laïques, elle ajoute : « Bien que n’étant pas des professionnels de la théologie, ces gens ont du plaisir à s’engager et sont motivés à donner de leur temps et de leurs compétences quand on leur donne des responsabilités. Ils se sentent impliqués. C’est une sorte de cercle vertueux. Cependant, il faut trouver un équilibre car c’est souvent les mêmes qui s’investissent et finissent par s’épuiser. »

Même son de cloche à la paroisse de la Villette où Vincent Demaurex voir l’importance de confier à des laïques la maintenance d’une offre cultuelle en l’absence de ministres. « Beaucoup de gens tiennent à une vie locale de l’Eglise et sont frustrés du manque de cultes dans leur chapelle . J’aimerais exploiter cette énergie pour les pousser à l’autonomie. Pour un réformé, le culte ne requiert pas absolument la présence d’un-e ministre. Nous ne sommes pas les intermédiaires entre Dieu et la communauté. Nous avons la chance de pouvoir miser sur l’horizontalité pour renouveler notre approche pastorale. » Pour mettre ses réflexions à l’épreuve du terrain le futur suffragant a proposé durant le confinement un modèle participatif de célébration à distance : les cultes mosaïques. Les paroissiens se sont filmés dans l’environnement de leur choix en lisant ou chantant un élément de la liturgie. Un montage vidéo a joint les éléments pour en générer un culte complet diffusé sur le web. L’engouement a été important et Vincent Demaurex témoigne : « Ces cultes mosaïques sont bien plus intenses que les cultes post-confinement avec une assemblée clairsemée, des cènes bizarres et l’interdiction de chanter. Le conseil de paroisse était tellement enthousiaste qu’il souhaite les réitérer en période de vacances. Ce format permettrait aux laïques de proposer davantage de thématiques qui les touchent de près. »

A la veille de sa suffragance, Vincent Demaurex rêve déjà d’une communauté qui laisse une large place aux laïques : « On devrait aussi donner aux parents la possibilité de se connaître, pour qu’ils puissent créer des liens entre eux et pourquoi pas développer des projets ensemble. Il s’intéresse en particulier aux parents de jeunes enfants, la tranche des trentenaires : « Souvent on a des super activités pour les jeunes mais pas pour leurs parents. Ceux-ci développent avec l’Église la même relation qu’ils ont avec l’école. L’institution fait tapisserie, or la vie spirituelle a besoin d’un vécu communautaire pour pleinement se déployer. En tant que parent j’ai adoré l’église canapé proposé par la paroisse de la Sallaz – les Croisettes ou encore les soirées de jeux de plateau dans l’église. De telles activités abaissent le seuil pour tout le monde. En tant que laïc on se sent beaucoup plus légitime d’être dans l’église. Cela transforme la configuration verticale des rôles entre ministre et laïque. . La théologie en ressort véritablement ouverte et légitimement accessible par d’autres.  »

Le média est le message

Stéphane Rouèche, pasteur de la paroisse de la Diesse dans le Jura bernois, a exploré un mode de communication horizontale au travers la brochure Regard éditée chaque semaine pendant le confinement. Il raconte la conduite de ce projet : « Le format papier s’est imposé pour garder un lien avec les aînés durant le confinement J’ai proposé une démarche d’ouverture pour inclure des personnes plus ou moins proches de la paroisse.Par conséquent, les thèmes sont au plus proches de ce que nous vivons sur le plateau de Diesse. Les gens se connaissent assez bien et apprécient le côté nature de la région. Nous avons donc parlé du printemps, du Chasseral, de la fabrication du pain, etc.Peu à peu, j’ai réalisé que la brochure pouvait permettre un lien entre les générations. Les deux numéros qui ont eu le plus grand écho sont ceux où des enfants et familles ont été sollicités pour faire un dessin, un bricolage, une photo avec un message pour les aînés.» Et le pasteur de s’étonner : « Nous recevons chaque semaine plusieurs cartes et téléphones de remerciements. Ce qui m’interpelle le plus, ce sont les personnes qui se manifestent alors que nous les voyons peu au culte. Or, la plupart des thèmes sont en lien étroit avec des prédications. »

Le ministre jurassien trouve très stimulant le côté interactif qu’amène ce projet : « Regard est une brochure faites pour les paroissiens et les villageois, mais aussi avec les paroissiens et les villageois. Et la publication des photos envoyées par ceux-ci témoigne de cette importante implication. Enthousiaste, Stéphane Rouèche ajoute : « D’autres idées sont nés de cette démarche. Préparer un calendrier avec des productions faits par des enfants, des adolescents ou des adultes. Comme le culte de reconnaissance ne pourra pas se dérouler cette année, nous envisageons d’offrir un bloc-notes ou une tasse avec le logo de la paroisse. Ces démarches ne remplacent pas les rencontres, mais elles contribuent à maintenir un lien qui aide un certain nombre de personnes à plus facilement oser téléphoner, prendre contact pour parler, demander un renseignement, être proactifs. »

Une Église formatrice

Comme de nombreux autres collègues, la diacre stagiaire Christel Hofer s’est lancé dans la fabrication de capsules vidéo avec les moyens du bord. Elle mesure ses besoins en matière technique : outils, cadrage, durée, astuces. Elle engage aussi une réflexion autour des contributions des bénévoles : « l’Eglise pourrait permettre aux jeunes de se former sur ces outils techniques pour développer d’autres compétences qui ne sont pas demandées à l’école mais qui sont fortement valorisées et valorisantes à l’extérieur. L’Eglise peut être bien plus qu’un lieu communautaire de rencontres, elle peut être un réel lieu d’apprentissages de pratiques. »

Liens additionnels vers des initiatives pour et par des laïques :

Le bouquet de pensées de l’EREN : un espace d’expression et de publication de texte de laïques.

Un culte vidéo préparé et animé par le groupe de jeunes de la paroisse de l’Entre-deux-Lacs

Un culte vidéo réalisé par les moniteur-ice-s de catéchisme de la paroisse de Délemont

Publication de différents textes écrits par des laïques sur le site de la paroisse de la Barc : digressions d’un ornithologue amateur / journal de confinement

Mini-culte dominical proposé et animé par un laïque, paroisse du Joran