Parmi les premiers effets du semi-confinement décrété dès le mois de mars, l’impossibilité de rejoindre des groupes de personnes isolée a fortement interpellé bon nombre d’aumôniers. Refusant la fatalité des portes closes, le diacre Philippe Rohr (EPG) a imaginé un concept de « cultes à la fenêtre ». Ainsi est-il parvenu à maintenir un lien avec des résidents d’EMS particulièrement désorientés.

Lutter contre l’isolement

« À l’arrivée du virus, l’accès aux fidèles en EMS était impossible, le lien avec eux était rompu » se souvient Philippe Rohr, diacre régional basé à Carouge. Pour pallier à la frustration qui en a résulté, la région Salève s’est lancée dans la publication d’un journal de quarantaine. Une lettre de nouvelles spirituelle, la Manne, est alors transmise nominalement aux aînés de la région, résidant en EMS ou non (et dans la foulée, à l’ensemble des fidèles, privés de cultes). Touchées par cette attention, plusieurs personnes n’hésitent pas à prendre la plume pour exprimer leur gratitude et maintenir un lien.

Sensible à ce besoin spirituel, la directrice de l’EMS la Résidence les Pervenches (centre de Carouge) diffuse alors un premier culte en ligne. L’idée de vivre des cultes à la fenêtre germe alors dans la tête du diacre Philippe Rohr. « Si l’aumônier ne peut pas entrer, eh bien qu’il reste dehors ! » affirme-t-il avec force. Dès le 23 avril jusqu’à la fin du confinement, des célébrations ont lieu, en alternance, à l’EMS des Pervenches et à la Résidence de Drize. Equipé d’un micro sans fil et accompagné d’un bénévole et/ou d’un musicien, le diacre célèbre son culte à l’EMS, côté jardin. « La première fois le temps était absolument splendide et la fenêtre était grande ouverte, ce qui a même permis de discuter avec les résidents, témoigne Philippe Rohr. Nous étions simplement ensemble et les choses étaient reçues comme une grâce. »

Une solidarité plus large

Face aux limitations de l’accès, l’équipe de bénévoles qui se charge d’ordinaire d’encadrer les cultes dans l’EMS ne peut plus jouer son rôle. Philippe Rohr sollicite alors le personnel pour entourer les résidents durant ces moments. Animateurs et soignant prennent le relai, distribuant le pain pour une simple agape qui rappelle la cène, guidant les résidents dans le cours des célébrations.

Également entraîné dans l’aventure, le Père Gilbert Perritaz éprouve une grande admiration pour le personnel. « J’ai constaté qu’ils ont pressenti le besoin spirituel des résidents ». Malgré l’impossibilité de distribuer l’eucharistie aux fidèles, la théologie sacramentelle catholique ne le permettant pas, le prêtre regrette fortement les distances que même la fenêtre n’a pas permis de surmonter. Comme pour se consoler, il affirme « rester positif par rapport à tous les sourires et yeux pétillants des fidèles ».

La joie de la rosée

Dans un même élan, le prêtre et le diacre ont été profondément touchés par la détresse des résidents. Le Père Perritaz se dit très préoccupé par des personnes apeurées qui ont perdu bon nombre de points de repère. « Avec l’impact du virus, les familles devraient être plus présentes pour entourer leur proches, mais ce n’est pas le cas. », constate-t-il. Quant au diacre Philippe Rohr, il n’hésite pas à comparer le séjour en EMS à une expérience d’incarcération : « C’est un peu brutal de le formuler ainsi, mais les résidents n’ont que très peu de pouvoir décisionnel. Ils souffraient d’isolement et ne pouvaient plus voir leurs proches. Dans certains établissements, j’ai observé de grands couloirs où ils étaient livrés à eux-mêmes. Le confinement a puni ceux qui souffraient déjà de solitude.»

Par contraste, l’émotion des « cultes à la fenêtre » était marquée d’une intensité particulière. Philippe Rohr évoque la rosée matinale ou « la joie de la fleur en plein désert » pour en parler. Il insiste pour affirmer que cette joie ne se rencontre pas seulement en temps de covid-19, mais en toute célébration. « Les cultes en prison ou en EMS sont reçus comme une grâce. » Et il ajoute : « J’aimerais interpeller les paroissiens autour de l’expérience vécue dans ces moments. Pour vous, qu’est-ce que la grâce ? Avez-vous encore une soif de Dieu pour lui-même ? »