Depuis le 31 mai 2020, les paroisses se déconfinent dans le strict respect de règles sanitaires. Malgré les contraintes, plusieurs ministres de Suisse romande ont envisagé la reprise avec créativité. Et les fidèles ont répondu avec un certain enthousiasme.

Du recul pour mieux se rapprocher

Dans bien des cas, les règles sanitaires ont surtout été sources de tensions. Les distances seront-elles respectées ? Comment faire un culte sans chanter ? Est-ce que tout le monde acceptera de décliner son identité ?

Dans la paroisse de Môtier-Vully (EERF) les normes ont été accueillies avec humour et bonne humeur. Inspirée par le clip Sans public des deux Vincent, la diacre Francesca Farrow a réécrit la chanson de Brassens pour un clip vidéo réalisé par les ministres et les conseillers . « C’est d’ailleurs le conseiller qui fut le plus exigeant en matière sur les mesures de sécurité du début de la crise qui est l’initiateur du projet » confie le pasteur Martin Nouis qui souligne le plaisir partagé par les artistes.

Dans la paroisse de la Barc (EREN), la pasteure Diane Friedli a également trouvé une façon décalée de présenter les règles. Sur son blog elle publie une page dédiée aux dix commandements du déconfinement. Le choix du décalogue permet à la fois de dédramatiser les normes et de leur donner tout le poids qu’elles méritent. Avec malice, Diane Friedli ajoute : « C’était bien de constater que ces règles tiennent en quelques points. Je n’ai pas eu à reprendre la forme des nonante-cinq thèses de Luther, mais seulement les dix commandements. »

Pentecôte créative

Dans la paroisse de Montagny-Champvent (EERV), les participants du groupe PrieZoom ont exprimé le désir d’une réalisation artistique : une œuvre communautaire à laquelle tout le monde pourrait participer. En vertu des normes sanitaires, l’idée d’un Landart s’est imposée. Au matin de Pentecôte, la pasteure Anne-Christine Rapin, sa stagiaire Sonia Thuégaz et le pasteur retraité Etienne Mayor sont venus esquisser les bases du motif devant l’église. Plus d’une quarantaine de personnes ont défilé toute la journée pour apporter leur contribution à la fresque. Toutes les tranches d’âge étaient représentées dans la joie des retrouvailles ! Anne-Christine Rapin témoigne : « La communauté s’est sentie pleinement vivante. Nous avions aussi offert aux paroissiens la possibilité d’aller se recueillir à l’intérieur de l’église, mais ils avaient bien trop de plaisir à œuvrer en extérieur et à être tous ensemble. »

Dans la paroisse de l’Entre-Deux-Lacs (EREN), le pasteur Raoul Pagnamenta a voulu marquer la Pentecôte avec la mise sur pied d’un bibliologue sur ZOOM. Cette proposition a fait suite à la diffusion d’une série de vidéos méditatives publiées durant le semi-confinement. Elle a permis à chacun d’exprimer une parole bienvenue pour la fin de l’isolement et la fête des langues de feu. Cette expérience a poussé Raoul Pagnamenta à chercher de nouvelles formes liturgiques. Il en tire une leçon : « Les prochains cultes, avec les mesures sanitaires, seront l’occasion d’essayer autre chose. Nous ne savons pas ce qui va en sortir. Nous entendons que les paroissiens n’aimeraient plus des cultes comme avant, mais chacun à son idée à lui. En tout cas, il y a une attente. Moi aussi j’aimerais changer. Même des éléments comme la robe commencent à me peser. » 

Des cantiques muselés

Depuis Pentecôte, les premiers cultes ont fait l’impasse sur les cantiques La plupart des paroisses ont donc laissé plus de place à la musique. Certaines ont proposé aux fidèles de fredonner les mélodies à lèvres closes. Au Val-de-Ruz (EREN), la pasteure Alice Duport s’est essayée à un format original. Pendant que l’organiste jouait la mélodie des cantiques en fond sonore, elle en a récité les paroles. Impressionnée par la qualité de l’écoute, elle souligne : « Pour une fois, les gens ne chantaient pas mais écoutaient, c’est moi qui ai dû faire un effort pour ne pas chanter. » Pour la ministre, cette expérimentation est une porte ouverte sur l’inventivité. Le travail en complicité avec l’organiste a été plus exigeant, mais bien plus riche. En guise de bilan, elle conclut : « Ça prend du temps, mais c’est passionnant de sortir de la routine. Il faut chercher autrement, discuter, les automatismes sont mis au placard. »

A Sainte-Croix (EERV), les ministres ont pu habilement jouer avec les règles en organisant un culte en plein air, le 21 juin. Le pasteur Jean-Christophe Jaermann insiste : « Dans le bonheur de se retrouver, il faut pouvoir chanter, se voir pour marquer l’esprit de la fête. » Les champs de La Chaux, environnant le temple, ont judicieusement permis de respecter les distances dans une atmosphère festive et rassurantes pour les personnes à risques.

De nouvelles Cènes

Après l’expérience d’une rencontre « Zoom Pâques » et « Zoom Esprit », un groupe de trois ministres et un organiste ont mis en place des rencontres « Zoom Cène ». Sophie Mermod (pasteure à Yverdon), Tamara Gasteiner (diacre stagiaire à Begnins), Gwendoline Noël (diacre stagiaire à Martigny) et Benoît Zimmermann (organiste à Payerne) rassemblent une trentaine de personnes trois fois par mois devant l’écran et ils comptent poursuivre tous les 7, 17 et 27 du mois jusqu’à fin août. La connexion a lieu à 20h30 via ce lien. Et l’équipe envisage des solutions pour répondre aux demandes d’EMS, de personnes isolées ou en milieu hospitalier pour poursuivre l’expérience par-delà cette date.

Dans l’église de Dombresson (EREN), la pasteure Alice Duport a cherché à colorer une table de communion qu’elle estimait bien terne. Elle a donc lancé un appel à fleurs en direction des paroissiens. Le but était non seulement décoratif, mais cette chaîne de solidarité florale permet d’habiter cette église qui pourrait accueillir tous les cultes de la paroisse pendant la période estivale.

Une soif de relations

A Gland (EERV), le pasteur André Sauter a introduit de l’interactivité dans ses cultes en animant des temps de parole autour de l’expérience de la pandémie ou le temps de la Pentecôte. À sa grande surprise, les paroissiens habituellement réservés sont entrés spontanément dans les discussions. Fort de cette expérience, il envisage désormais d’annoncer les thématiques à l’avance.

Dans la paroisse du Balcon du Jura, le pasteur Jaermann a observé cette même soif de relations : « Ce matin (10 juin), j’avais recommencé des études bibliques sans les avoir officialisées. Je n’avais prévenu que deux ou trois personnes et j’ai constaté que tout le monde était là. Certains n’avaient pas de téléphone portable et l’information n’avait pas encore été publié sur le site internet. C’était très émouvant. »

Pas comme avant

Une fois le pic des interdictions passé, nombre de paroisses se sont empressées de revenir aux fondamentaux d’avant le confinement. Mais des voix le déplorent à l’instar de la diacre stagiaire Christel Hofer (EERV) qui s’interroge sur l’interruption des méditations à distance qu’elle s’est vu signifier suite à la reprise des cultes. Celles-ci permettaient de toucher des paroissien-ne-s qui ne venaient pas ou peu à l’église. A la Neuveville (Be-Ju-So), le diacre Jean-Marc Leresche observe aussi que l’essentiel de l’énergie se focalise vers les cultes « On a l’impression que si les cultes fonctionnent la paroisse fonctionne aussi ». Il est convaincu que les méditations et les cultes sur le web sont indispensables pour toucher un plus vaste public et il ajoute : « Du lien a été créé avec des personnes éloignées. Ce serait juste dommage que ce lien soit rompu parce qu’on revient à une certaine normalité. »

Pour aller plus loin : https://jeanmarcleresche.ch/passer-a-laction/