A l’heure où s’amorce un progressif déconfinement, nous avons cherché à comprendre comment les paroisses ont procédé pour rester en lien avec les uns et les autres. Florilège de quelques créations qui ont vu le jour à destination des jeunes et des ados.
En Valais, le pasteur Jean Biondina a très vite créé un site web de soutien spirituel à destination de tous les âges. Parmi les nombreuses méditations audio disponibles, un coin des enfants propose des vidéos bibliques vulgarisées, un bricolage de Pâques et relaie également les vidéos des Théopopettes, les fameuses marionnettes de l’Église protestante genevoise. A noter aussi la présence d’un onglet pour tenir ensemble où l’humour vient apaiser la difficulté de vivre une spiritualité proche et en lien.

Une expérience de « KT » à distance
Du côté de Neuchâtel, l’équipe catéchétique constituée par Laure Devaux Allisson, Diane Friedli et Yves Bourquin testent depuis quelques semaines un projet de KT à distance. Le principe ? publier trois vidéos hebdomadaires. A travers un groupe WhatsApp composé des trois ministres et de leurs catéchumènes, un thème est annoncé le lundi au moyen d’une courte vidéo. Celle-ci se termine sur un défi lancé aux catéchumènes. S’ensuit un apport biblique le mercredi. Puis la semaine se conclut par un dernier clip qui synthétise et souligne les éléments qui sont sortis durant les échanges. A noter que ce modèle a été repris et appliqué avec enthousiasme par la paroisse du Val-de-travers.

Diane Friedli précise : « Même s’il a fallu s’adapter rapidement, réinventer et sortir de notre pratique professionnelle habituelle, il y a quelque chose de stimulant. Pour notre équipe de catéchisme, il s’agissait avant tout de se recentrer sur nos objectifs (faire découvrir l’Évangile aux jeunes et leur montrer comment il vient donner un éclairage particulier aux réalités de nos vies). Ensuite, il fallait trouver une nouvelle manière de faire. C’est donc surtout la forme qu’il s’est agi d’inventer. Quant au contenu, il a été facilement enrichi puisque la situation actuelle nous place face à des questionnements nouveaux. Nous avons donc quitté nos thèmes habituels pour mieux coller à l’actualité et à cette nouvelle manière d’appréhender des choses. Les sujets abordés ont concerné la liberté, notre rapport à la consommation et, dernière en date, les repas. » Quant à l’âge minimal pour WhatsApp, la ministre, dont le blog regorge de trésors, explique : « Nous avons hésité à utiliser WhatsApp car nos catéchumènes n’ont pas l’âge requis. C’est la raison pour laquelle nous ne l’utilisions pas jusqu’à présent. Mais il faut être réaliste : tous les catéchumènes l’emploient. Nous avons donc été pragmatiques en créant ce groupe. Notre but était de les rejoindre dans leur réalité et non pas de leur demander des efforts particuliers pour entrer en lien avec nous. Nous avons donc opté pour un outil qui leur est déjà familier.
Naturellement, nous en avons informé les Conseils de nos deux paroisses pour avoir leur soutien. Puis nous avons signalé la chose aux parents par mail deux jours avant de créer le groupe. » A la suite de cette expérience de « KT » à distance, Diane Friedli se dit pouvoir imaginer un changement où, parallèlement aux rencontres de catéchisme, un lien pourrait être maintenu à travers des animations par le biais de vidéos ou d’un groupe de discussion.

Des « cultes à l’emporter » aux réseaux sociaux : le Jura 2.0

Dans le Jura, des créations originales pour garder le lien fleurissent en masse un peu partout. Par exemple, la paroisse de La Neuveville propose des cultes à l’emporter sous forme de pages web enrichies de textes liturgiques, de vidéos et de musiques. La paroisse de Delémont propose une version simplifiée sous forme d’un texte téléchargeable en PDF. Les plus jeunes ne sont pas oubliés puisque la diacre Annick Monnot réalise depuis quelques semaines La parenthèse, une série de vidéos destinées à stimuler la spiritualité des enfants. Celles-ci s’adressent surtout aux parents pour leur proposer des activités spirituelles avec leurs chérubins. Quelques invités proposent aussi des animations et des chants pour les plus jeunes.

Le groupe jeunesse des paroisses du Par8 a, quant à lui, inauguré les reste-chez-toi-culte en offrant chaque dimanche à 18h00 un mini-culte en live sur Instagram. « Il y a eu de belles découvertes », souligne Anne-Dominique Grosvernier formatrice en catéchèse à Reconvillier, « les reste-chez-toi-culte ont du succès. Une trentaine de jeunes se connectent le dimanche pour suivre la célébration. Quand un culte était organisé en présentiel à l’église avant le confinement, très peu de jeunes y participaient. » Anne-Dominique Grosvernier commente ces initiatives : « Un entrain et une créativité impressionnante sont nés durant cette période de confinement. Il n’y a jamais eu autant de choses en ligne ! Notre expérience montre que de rester sur ce qu’on faisait avant ne suffit plus. Une dynamique propre aux réseaux sociaux s’est ajoutée à notre pratique. Beaucoup de questions se posent sur ces groupes virtuels qui, pour le moment, fonctionnent bien. Mais faut-il continuer après ? Et comment ? Nous allons en discuter prochainement en colloque pour voir comment prendre en compte ces nouveautés. »

Des capsules vidéo

Etienne Guilloud, pasteur à la paroisse de la Dôle, a pris la décision de réactiver la capsule vidéo l’Eglise à la rencontre. « Ce projet s’est développé depuis plusieurs années avec quelques amis pasteurs. L’idée et de proposer sur Facebook des méditations tirées de l’actualité, de situations qui parlent et résonnent dans nos vies. Pour nous, l’expérience avait pris fin, mais devant la demande, j’ai décidé de la réactiver. » Et les statistiques de visionnement lui permettent de savoir avec précision que ses clips de 4 à 5 minutes ont une durée de vie de 10 jours environ, qu’ils sont partiellement ou complètement visionnés 200 à 300 fois et qu’ils génèrent chacun entre 120 et 250 clics.

Un autre exemple d’exploration vidéo se présente avec un drôle de petit bonhomme masqué en ciré jaune et gants de soudeur qui arpente inlassablement et courageusement les sentiers abrupts de la réflexion chrétienne. Ce diacre-comédien, haut en couleur, met en dialogue une parole choisie de la Bible avec son vécu quotidien. Il partage le fruit de ses réflexions avec légèreté et humour trois fois par semaine dans « les chroniques spirituelles spéciales confinement d’Antivirus ».

Co-auteur de la série avec Alexandre Michelle, Yann Wolff, diacre à la paroisse de la Sallaz-les Croisette, confie : « Nous sommes partis de la demande des Jacks qui voulaient rester en lien. Nous avons construit les TGIF Zoom [Thanks God it’s Friday – un temps de recueillement pour les Jacks le vendredi à 18h30 sur Zoom] et les capsules vidéo ‘Antivirus’. Notre objectif n’est pas de faire du KT, mais d’offrir pour les Jacks et les catéchumènes qui le souhaitent un moyen de rester en lien. » Et l’idée fait mouche. « Bien qu’elle soit non-répertoriée, la capsule circule beaucoup. Elle est vue par environ 400 personnes. Manifestement, on touche un public beaucoup plus large qu’en présentiel. On arrive à atteindre les distancés de l’Église et à les intéresser », ajoute le diacre.

Technologie ou pas

Pierre Bader, pasteur à la paroisse de Corsier-Corseaux, se rend lui aussi compte que les rencontres virtuelles organisées une fois par semaine par les responsables des groupes pré-ados et ados fonctionnent. Pour cela, il s’est adapté à Discord, un outil surtout utilisé par les gamers qui permet aussi bien de conserver les messages que d’ouvrir des salons de discussion audio et vidéo : « Nous avons constaté que cela répondait très bien parmi les jeunes. Ils sont à l’aise avec ce genre de technologie. »

Christine Courvoisier, en poste à Morges a, quant à elle, saisi la plume pour écrire une lettre personnelle à ses catéchumènes de 11e pour les Rameaux. Une démarche appréciée des familles. L’enjeu était de motiver les jeunes à poursuivre leur itinéraire en devenant Jack. Et le procédé fonctionne : « Nous avons réussi à intégrer de nouveaux futurs Jacks dans nos projets. » explique la diacre.

Né à Morges, le site web cantonal KTclic provient d’une réflexion visant à toucher les jeunes et leur famille. « Le premier pas a été de créer KTclic en voulant proposer une expérience catéchétique différente » explique Laurence Bonhenblust, responsable cantonale enfance et familles. Le but est de mettre en lien les usagers de la manière la plus large possible, voir même de toucher les distancés. Avec le virus, la responsable a généré une démarche similaire pour un autre public autour d’un calendrier spirituel. Elle raconte : « Cette initiative s’est rapidement élargie à plusieurs ministres. Quatre collègues se sont concertés pour rédiger un mode d’emploi et créer le site. » Ouvert à tous les ministres, le calendrier favorise la collaboration entre professionnels. L’idée est de créer des binômes qui proposent un thème pour une journée. « Cela permet de dépasser les frontières, de fédérer les énergies et les points forts de chacun-e ». Les quatre initiants qui ont débuté le projet le 18 mars ont été rejoints par une vingtaine d’autres contributeurs. Les plus de 125 articles publiés aujourd’hui, totalisent une centaine de visiteurs pour plus 300 vues quotidiennes.

Vous avez créé un projet pour rester en lien avec les jeunes et le ados ? Partagez votre expérience dans les commentaires (on aime les lire, ça nous fait plaisir et ça peut donner des idées à d’autres). N’hésitez pas à nous proposer des sujets d’articles 😉

A noter : L’EERV a ouvert une page sur son site donnant accès à des ressources jeunesse.